Xavier Prudhomme

ven. 13 avril 2012 Test !



L'ombre 1er chapitre

I – Un prétendant

La nuit se déchire entre deux collines qui longent le Rhin, les premiers rayons lumineux effacent l'obscurité étendue sur un monde qui dort encore. Quelque part dans une petite maison où la pénombre persiste, des yeux s'entrouvrent, non sans mal, le nez pris par une odeur d'alcool.

Le corps qui reprend vie doucement sent comme une emprise autour de ses membres. Un sentiment de panique empoigne l'esprit de la jeune Annabelle. Allongée sur un sol carrelé et glacial, son corps s'affole. Ses poignets et ses chevilles sont attachés. Elle serpente et tente de rompre le charme qui lie ses membres, mais dans un effort maladroit, sa tête heurte un mur.

Le choc déclenche un cri de douleur instantanément étouffé par le bout de tissu qui entrave sa bouche.

– Tu es déjà réveillée ?

La voix grave d'un homme fait écho dans son esprit. Prenant conscience du décor qui l'entoure, elle hisse son dos le long de la paroi et replie bras et jambes contre sa poitrine.

Sa prison semble être une vieille cuisine de campagne aux contours de portes fissurés et creusés par le temps. Elle aperçoit également de grandes casseroles en étain fixées au-dessus du plan de travail. Malgré ce cadre de bois rustique, il flotte dans l'air une odeur âcre d'humidité et de sueur humaine. Non loin d'elle, une table en bois massif et ses chaises – rien d'autre ne transparaît dans l'obscurité. Brusquement, le grincement d'une chaise poussée en arrière la glace toute entière. Terrorisée par celui qui vient de se lever, son regard ne se détache plus du carrelage au sol. Recroquevillée sur elle-même, Annabelle tente d'enfoncer son dos dans le mur, le cou rentré dans les épaules. Ses pieds ne font que glisser sur la faïence et ses gémissements masquer les « Chuuut » du ravisseur. D'une voix calme et rassurante il ajoute :

– Je ne vais pas te faire de mal, tu es beaucoup trop ravissante pour ça !

Il s'approche doucement d'elle. Un genou à terre, son coude gauche en appui, il retrace lentement ses larmes du bout des doigts.

– Je vais faire de toi ma reine, prononce-t-il tout bas. Tu as beaucoup de chance je trouve, les autres t'auraient déjà tuée ! Si tu savais depuis combien de temps nous te cherchons...

Annabelle tente d'interrompre son monologue.

– Laissez-moi partir ! Crie-t-elle avec toute sa rage mais le bandeau humidifié par sa salive étouffe ses mots et retient son désespoir. Dans un dernier effort, les poings serrés, elle jette ses mains au visage de son prétendant. Interceptées, celles-ci échouent dans la paume du tortionnaire. Fier de sa domination, il affiche un petit sourire sadique et dépose les mains de sa prisonnière sur son genou. Il la fixe du regard. Sans savoir comment, elle trouve la force pour l'observer à son tour : Ses joues gonflées par les excès alimentaires sont uniformes au reste de son corps, tout en rondeur. A chaque inspiration, ses narines poilues se dilatent à outrance tandis que les lignes creusées sous ses yeux accentuent le poids de son âge. Quant à sa coupe de cheveux, Annabelle l'associe à un bol laissé trop longtemps sur la tête.

Les traits du visage de son tourmenteur sont nets mais les souvenirs qui l'ont amenée jusqu'ici restent flous. Elle se remémore juste les réprimandes de sa tante avant de sortir et de sa soirée passée seule dans un club pour fêter ses 17 ans. Puis plus rien...

Face à son geôlier, les regrets de sa vie passée se transforment en prières. Même si la vie ne l'a guère épargnée avec la mort accidentelle de sa mère alors qu'elle n'avait que 4 ans, puis de son père l'été dernier, Annabelle reste animée par l'espoir. Elle implore un miracle pour la sauver. Mais sa seule réponse est un rai de lumière qui fait un pas dans l'antre du démon. Du haut d'une fenêtre nichée au-dessus de son bourreau, le rayon se faufile à travers les volets fermés et laisse entrevoir une ombre qui s'articule près d'elle.

Pendant ce temps, l'homme continue de délirer et cherche l'approbation de sa prisonnière. Il glisse ses doigts dans la chevelure châtain de la jeune fille, saisit le nœud du bâillon et le desserre doucement. Son haleine aux relents de Vodka agresse la peau satinée d'Annabelle. Alors qu'il effleure ses lèvres de son souffle chaud, elle lui assène un violent coup de dents et lui arrache un cri de douleur, suivi d'un juron :

– Petite pute !

Une main à la bouche, l'homme fou de rage lui administre une claque brutale qui la jette à terre. L'impact du choc la plonge dans un état vaporeux. Ses yeux alourdis par la souffrance s'entreferment derrière un rideau noir mais le contact du carrelage glace son visage et l'empêche de s'évanouir.

– Tu vas le regretter... Je voulais m'amuser un peu avec toi, te donner un peu de plaisir. Mais tu ne me laisses pas le choix...

Annabelle est relevée sauvagement par deux mains autour du cou. Les fesses à terre et le torse plaqué contre le mur. Des mots obscènes et violents fusent tandis que l'étreinte se resserre. Sa volonté est inerte et son corps crispé par la douleur, elle est incapable de réagir. Ses yeux se fixent sur l'ombre à ses côtés qui continue de serrer sa proie. Le souffle vient à lui manquer et ses pensées sont confuses : Accroche-toi ! Maman ? Donne moi ta main ! T'es où ? Je ... je ne sens plus mon corps ! En un instant toutes ses émotions semblent la quitter ; elle se résigne et s'abandonne lentement à l'autre côté de la vie.

Subitement, un vif craquement retentit suivi d'un bruit sourd. Tombant en arrière de tout son poids, l'agresseur vient de s'écrouler sur le carrelage. L'espace temps semble s'être figé, tout comme le corps du monstre qui ne bouge plus. Ses yeux grands ouverts affichent l'étonnement face à sa propre mort.

Annabelle tousse violemment et tente de reprendre l'air arraché à ses poumons, ses yeux sont encore trempés par la souffrance. Ses mains dérivent à tâtons autour de son cou pour s'assurer qu'il n'y a plus aucune pression. Le sang cogne aux coins de ses tempes – un battement pénible mais qui lui rappelle qu'elle est vivante ! Malgré le traumatisme, une force intérieure la pousse de l'avant. Elle reprend progressivement ses esprits, s'empresse de défaire le nœud autour de ses chevilles et se lève, péniblement. Un regard furtif autour d'elle : Rien ! Pas l'ombre d'un bienfaiteur ou d'une explication à son sauvetage miraculeux. D'un esprit vengeur, elle projette un grand coup de pied dans la masse étendue sur le sol. Le coup ne déclenche aucune réaction.

Son instinct de survie ne souhaite pas en savoir plus. Alors que la lumière éclaire un peu mieux la pièce à présent, elle trouve le chemin de la sortie. Les mains toujours liées, elle saisit la poignée de porte, l'ouvre et se précipite vers une sortie inconnue.


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