Christian Barbié

mar. 16 mai 2017 CLEAN SHOT : les toutes premières lignes d'un roman en cours d'écriture



LA NUIT D'ADELE

27/01/2017

Adèle chargea le fagot sur son dos et sortit de la grange. Elle traversa le hameau  dans la lumière rougeoyante de ce début de soirée en hâtant le pas. Pour l'heure le ciel était encore propre. A peine marqué de quelques filaments blanchâtres annonciateurs. Adèle sourit sous sa capuche. Ce serait une nuit sans lune.

Derrière la dernière maison, la plus haute du village, la jeune femme fit une halte. Elle avait marché trop vite et son souffle était court. Coup de regard alentour. Personne en vue. Plus que ce grand champ à traverser. Remonter la pente des premiers clapiers et entrer dans la petite forêt. De là, il ne lui resterait plus qu'à traverser la route et attraper le chemin montant à l'Alp. Elle avait fort peu de chance de croiser quelqu'un mais elle restait sur ses gardes.

Le soleil léchait une dernière fois les roches ultimes de l'Aiguillette du Lauzet quand Adèle atteignit la route. L'auberge qui la bordait était fermée depuis si longtemps que la végétation grimpait déjà aux murs. La jeune femme resta immobile derrière un arbre, le fagot de bois sec posé à ses pieds. Puis elle se décida, épaula sa charge et traversa l'asphalte. Elle accéléra le pas et ne fut soulagée qu'à l'instant de poser le pied sur les premiers cailloux du sentier. Remontant le torrent qui coulait sur sa gauche, le sentier serpentait entre les rochers. Adèle le connaissait par cœur. Elle aimait tout particulièrement l'endroit où il surplombait les gorges serrées. Le chant du torrent y était plus fort. Parfois, le soleil peignait des arcs-en-ciel dans la brume qui s'en échappait. Avec son fagot sur le dos, la silhouette de la jeune femme n'avait rien d'étonnant. Suffisamment banale pour passer inaperçue.

Il lui fallut peu de temps pour apercevoir enfin les premières bicoques de l'Alp. La sienne était la plus haute. Du moins, celle de son grand-père. Le vieil homme y avait fermé les yeux pour la dernière fois à la fin de l'automne. Depuis, Adèle gardait toujours la clé dans une de ses poches et s'y rendait le plus souvent possible. Un havre de paix. Un peu comme une cabane d'enfant. Celle où l'on aime à se réfugier quand la vie donne de mauvais coups.

— Bonsoir, Adèle ! Tu vas chez le Papet ?

C'était Le Paulo qui la saluait de la fenêtre de sa cuisine. Adèle ne l'aimait pas beaucoup. Ses regards en coin l'inquiétait depuis qu'elle était toute petite. Il occupait la maison la plus basse du hameau.

— Oui. J'y passe la nuit. Vous avez pas vu Roxo ? Il montait devant moi.

— Ah non. Pas vu.

 

Le vieux ferma sa fenêtre et disparut. Adèle préférait lui faire croire que son chien l'accompagnait. Elle était sûre qu'ainsi il ne monterait pas la voir. Trop peur pour ses fesses car Roxo lui vouait une haine profonde.  

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