Les Chroniques de Mlv

mar. 15 août 2017 Une première chronique consacrée à la Rentrée Littéraire. Point cardinal, de Léonor de Récondo, un roman à ne pas manquer ! Bonne lecture !



Valérie Zenatti : une plume, une voix.

30/12/2014

Depuis ma «rencontre» avec son roman Les âmes sœurs, c'est toujours avec grand plaisir que je découvre un nouveau livre de Valérie Zenatti.  Jacob, Jacob -sorti récemment aux Editions de l'Olivier- fera partie des lectures marquantes de cette année 2014. Je suis donc très heureuse de partager avec vous le joli cadeau que  la romancière  nous offre  en  cette fin d'année : une interview ! Je la remercie à nouveau pour sa gentillesse, sa disponibilité, et vous laisse en sa compagnie.

   

 Valérie Zenatti - photo droits réservés Melania Avanzzato 

 

 

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Valérie, votre rêve était-il d'écrire ?

Valérie Zenatti : Je ne sais pas si l’on peut parler de rêve car dès que j’ai su former des phrases, j’ai ressenti la nécessité d’écrire : pour retenir le temps à travers des journaux intimes, pour tendre vers la beauté à travers la poésie. Depuis l’enfance l’écriture et la lecture ont été pour moi des mondes parallèles au monde réel, et paradoxalement, ils me semblaient plus justes, plus vrais, plus intenses que la réalité. En revanche la publication d’un livre était de l’ordre du rêve et à l’âge de 16 ans j’ai dressé la liste des cents rêves que je voulais réaliser dans ma vie. En troisième position il y avait « écrire un livre jusqu’au bout avant l’âge de 30 ans et le publier ». Mon premier livre (pour la jeunesse) a été publié alors que j’avais pile 29 ans et demi...

 

 

Les Chroniques de Mlv : Quel parcours avez-vous suivi, avant de vous lancer dans l'écriture de votre premier roman ?

 

Valérie Zenatti : Le parcours de ma vie : naissance à Nice, adolescence en Israël, déracinement, plongée dans une autre langue, retour en France, journalisme dans les années 90, et des centaines de livres qui ont jalonné tout ce temps, des Contes d’Andersen jusqu’à La Peste de Camus, de Gary à Duras, de Dostoïevski à Charlotte Delbo. J’avais soif de vivre, de voir le monde, d’en être témoin (d’où le journalisme) et en même temps il y avait toujours cette caisse de résonnance extraordinaire faites de mots qui m’accompagnaient. Un jour, j’ai rencontré Geneviève Brisac dont les livres me bouleversaient et dont la parole sur l’écriture renouvelait de manière lumineuse ce que je ne faisais que pressentir, et j’ai écrit mon premier livre pour la jeunesse (Une addition, des complications, L’école des loisirs, 1999) puis mon premier roman à L’Olivier (En retard pour la guerre, 2006.)

 

Les Chroniques de Mlv : Votre livre  Jacob, Jacob est une histoire forte, et poignante. Un large éventail de sujets y est abordé, qui vont de la guerre, à la place des femmes dans le foyer où Jacob est né. Il parle surtout de votre famille. Comment s'empare-t-on d'un sujet aussi sensible que celui de son histoire familiale ?

 

Valérie Zenatti : Là aussi je pense que la réponse à la question est indissociable de mon cheminement personnel. La quarantaine, c’est symboliquement le milieu de la vie, c’est le moment où je me suis senti prête pour regarder en face les lieux, le temps et les êtres qui m’avaient précédée. J’ai tâtonné quelques temps, hésitant entre le récit et la fiction, puis les discussions avec mes éditeurs m’ont permis d’y voir clair et de sentir que la fiction me permettrait une liberté plus grande pour approcher ce que je n’avais pas connu, pour me l’approprier. Pour parler de cette famille traversée par la violence intime et par celle de l’Histoire, j’ai choisi la figure de Jacob, celui qui semblait le plus doux, le plus attachant, le plus fracassé par l’Histoire aussi. C’est son regard sur une photo, son écriture dans un cahier d’écolier datant de 1940 qui ont déclenché la structure et la langue de ce livre, porté je crois par l’amour que j’avais envie de donner à un jeune soldat tombé dans la nuit de l’oubli. À ses côtés, j’ai pu atteindre quelque chose que l’on nomme « les racines ».

 

Les Chroniques de Mlv : Vous avez scénarisé et co-réalisé quelques-uns de vos livres pour le cinéma*.  Un projet similaire est-il à l'étude pour Jacob, Jacob ?

 

Valérie Zenatti : Pas pour l’instant et cela ne me dérange pas, j’ai d’autres projets de films et je ne considère pas qu’un livre est automatiquement une matière pour un film, au contraire, plus j’écris pour le cinéma, plus j’essaie de pousser mon écriture à un degré d’incandescence qu’elle seule permet, dans sa capacité extraordinaire de pouvoir en une seule phrase être à l’intérieur et à l’extérieur, dans la pensée et les actes, et parfois même de traverser le temps.

 

Les Chroniques de Mlv : Comme beaucoup d'auteurs aujourd'hui, vous écrivez dans deux registres littéraires*. Est-ce une liberté ?

 

Valérie Zenatti : Oui, bien sûr, c’est la possibilité de naviguer entre les âges, mon regard d’enfance, d’adolescence et d’adulte.

 

Les Chroniques de Mlv : Depuis quelques années, vous êtes la fidèle traductrice des livres de  Aharon Appelfeld. Comment est né cette collaboration professionnelle ? Étiez-vous une inconditionnelle de son œuvre ?

 

Valérie Zenatti : J’ai découvert Aharon Appelfeld en préparant l’agrégation d’hébreu en 2002. Il y avait dans ses romans un mystère que je n’arrivais pas à percer. C’est alors que j’ai ressenti le besoin de le traduire. Au-delà de cette attirance littéraire, il y a entre nous un lien très fort, lié à nos deux enfances, que j’ai exploré en écrivant « Mensonges » (L’Olivier 2011.)

 

Les Chroniques de Mlv : Comment se déroule une journée de travail ? Respectez-vous un rite particulier (lieu, moment de la journée...etc) pour «entrer en écriture» ?

 

Valérie Zenatti : Je travaille dès que je peux, j’ai souvent plusieurs « chantiers » en travaux. Dès mes enfants partis à l’école, je m’installe à mon bureau pour traduire ou écrire un scénario. Lorsque j’ai un roman en cours, il prend d’abord place en moi, dans mes pensées, il m’accompagne de manière obsédante avant d’être écrit, puis il y a un moment où il prend toute la place : je lâche alors « le reste » et m’y consacre entièrement, jour et nuit (surtout la nuit !), essayant d’être seule et de faire silence autour de moi. L’écriture s’apparente de plus en plus pour moi à des visions que je cherche à retenir avec mes mots, de mon mieux.

 

Les Chroniques de Mlv : Une dernière question avant de vous remercier infiniment pour le temps que vous m'avez accordé. En tant que lectrice, que doit posséder un livre pour vous captiver ?

 

Valérie Zenatti : Une voix claire, juste, qui me semble unique, et qui m’offre une vision du monde intelligente et sensible. Mais il est difficile de réduire l’attirance pour un livre à quelques mots. Un livre qui captive, ça reste toujours une alchimie délicate entre une histoire et notre propre intériorité, au moment où on la lit.

 

Vous pouvez suivre Valérie Zenatti sur son compte Twitter ICI et  Facebook ICIPour celles et ceux qui ne connaissent pas encore son écriture, un seul conseil : laissez-vous happer par Jacob, Jacob.

 

 

* En retard pour la guerre est sorti au cinéma sous le titre Ultimatum.

*Une bouteille dans la mer de Gaza est sortie au cinéma  sous le titre Une bouteille à la mer

 * Adulte et Jeunesse.

© Les Chroniques de Mlv 30-12-2014

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