Les Chroniques de Mlv

dim. 15 janvier 2017 Un style à ne pas manquer : celui d'Arnaud Le Guilcher, grâce à son "Capitaine frites" ! Bon week-end



Fred Bernard et François Roca

09/02/2014

En novembre dernier, lors du Salon du Livre Jeunesse de Lorient,  j'ai eu la chance de rencontrer Fred Bernard et François Roca. Une aubaine, alors que je venais de découvrir un de leurs albums : Rose et l'automate de l'opéra. Ces deux auteurs ont remporté un franc succès pendant ce week-end littéraire ! Sur le stand,  la bonne humeur était de rigueur, une façon fort agréable de patienter, avant d'obtenir une dédicace sur les albums de ces deux auteurs, liés par une amitié de 20 ans. Une collaboration qui donne une moisson d'albums attrayants. Je vous propose de passer un moment en leur compagnie...

 

Fred Bernard et François Roca / Photographe Eric Garault

 

Les Chroniques de Mlv : Fred Bernard et François Roca, bonjour,  merci à tous les deux pour avoir accepté d'être les invités de ce Slog. Première question : pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos parcours individuels avant votre rencontre ?

 

Fred Bernard :  De l'enfance à la terminale, je voulais devenir vétérinaire en Afrique. J'étais, et je reste, un grand fan des sciences et un amoureux de la nature, mais parallèlement, la littérature et le dessin prenaient de plus en plus de place dans ma vie. J'allais aux cours du soir des Beaux-Arts de Beaune, et quand les professeurs m'ont conseillé de passer le concours, je l'ai fait et j'ai été reçu. Quand j'ai annoncé à mes parents que je voulais tenter l'aventure, ils n'ont pas été ravis, loin de là, mais ils m'ont laissé faire… Je les rassurais en leur disant que je voulais faire de la pub, mais c'était faux puisque je plaçais les vendeurs de frustrations tout de suite derrière les marchands d'armes. C'est à cette époque que j'ai commencé à voyager.

Après 2 ans de Beaux-Arts, j'en savais plus sur ce que je voulais tenter de faire, raconter les histoires qui tournaient dans ma tête. Alors je suis allé à l'école Emilie Cohl de Lyon, spécialisée dans le dessin animé, l'illustration et la bande dessinée. C'est là que j'ai rencontré François et que nous sommes devenus amis.

 

François Roca :  Pour ma part j'ai toujours adoré dessiner et donc je me suis assez vite orienté vers des études de dessin dès la seconde. Une sorte de dessin-étude  ce qui m'a permis ensuite d'intégrer les arts appliqués à Olivier de Serres. Mais bon c'était surtout de la com, de la pub et ce n'était pas vraiment ma tasse de thé ! Après ces deux ans,  j'ai intégré Émile Cohl où là, j'ai pu vraiment m'épanouir...

 

LC de Mlv : Comment l'idée de votre première collaboration littéraire est-elle née ?

 

F. B. : François et moi nous sommes rencontrés en plein âge d'or de l'album jeunesse. Ce qu'il y avait de plus beau, de plus novateur, de plus vivifiant naissait dans l'édition jeunesse. C'était trop tentant ! Toutefois, pendant nos études, pas une seconde nous n'avons songé à travailler ensemble. On s'amusait, participait au même fanzine ("Odieux", créé par François et deux amies à lui), on partait en vacances ensemble. J'adorais le travail virtuose de   peinture de François, mon dessin était plus proche de la bande dessinée. Le milieu de la BD, lui, vivait sur ses acquis depuis 15 ans, mais L'Association commençait à montrer le bout de la queue de sa revue Lapin, et le vent allait   bientôt tourner… Je suis parti un an en Angleterre, berceau de la littérature jeunesse, où j'ai commencé à démarcher les éditeurs britanniques, certains voulaient bien travailler avec moi à la condition sine qua non que je reste vivre là-bas. À mon retour en France, François m'a demandé de lui écrire une histoire car les éditeurs français ne lui     proposaient que des histoires trop éloignées de son univers. Il faut dire que son travail de fin d'études portait sur le film Freaks de Tod Browning… Et j'ai écrit La reine des fourmis a disparu en 1995, sorti en 1996 chez Albin Michel, et Le train jaune dans la foulée, sorti en 1998 au Seuil.

F. R : En fait, Fred était un des seuls élèves d'Émile Cohl à aimer autant écrire que dessiner, ce qui était plutôt   rare, et puis des choses qui tenaient vraiment la route ! Donc c'est assez naturellement que je lui ai demandé de voir si il ne pouvait pas écrire une histoire avec des animaux ; Je savais qu'il aimait bien ça, cela a donné La reine des fourmis...

 

LC de Mlv : Comment choisissez-vous les thèmes que vous souhaitez aborder ?

 

F. B : Dès le premier album, nous avons beaucoup discuté avant de nous lancer, François désirait dessiner des animaux, ce qu'il avait peu ou pas fait pendant nos études, j'avais envie d'un pays chaud, François avait envie de dessiner une grande ville américaine, et un vieil avion à hélice… Ces éléments de départ se retrouvent tous dans La reine des fourmis a disparu. Nous sommes restés sur ce mode depuis presque 20 ans et 20 albums plus tard. On se met d'accord sur un thème très vaste, un thème que l'on aime tous les deux depuis notre enfance, un pays que  nous avons visité ensemble ou pas : l'Inde, les pirates, le grand nord, l'Afrique, les avions… On discute et je me lance…

F. R. :  Oui cela vient soit de Fred soit de moi, je dirais la première impulsion, celle qui va donner envie à l'autre de rebondir ! Et puis, chacun amène des idées et c'est comme ça que le travail s'enrichit au fur et à mesure.

 

LC de Mlv : Votre parcours professionnel en duo est-il complémentaire de celui en solo ? L'un vous permet-il d'être plus libre dans les sujets abordés que l'autre ?

 

F. B. : Pour ma part, mon travail solo en bande dessinée est le prolongement direct et complète en effet mon travail en jeunesse… Ils sont les deux faces d'une même pièce, les deux demandent beaucoup de travail et j'y prends le même plaisir, l'un nourrit l'autre et je pousse les deux catégories jusqu'au bout de mes envies avec l'aval et l'approbation de mes éditeurs. Mais travailler à deux est plus rassurant… Je dessinais peu en jeunesse, et c'est grâce aux illustrations de François que nous pouvions aborder certains thèmes sans effrayer éditeurs et lecteurs. En écrivant Jésus Betz et Jeanne et le Mokélé nous avons aperçu la frontière… Qu'est-ce qui est "Jeunesse" ou pas ? La complexité du récit et des personnages, la crudité de certaines scènes ne s'adressent plus à un jeune lectorat et c'est avec une version "adulte" de Jeanne et le Mokélé paru chez Albin Michel, devenue La tendresse des crocodiles que j'ai réalisé ma première BD au Seuil. Idem pour la version adulte de L'homme-bonsaï, les deux récits sont complémentaires et ont deux vies complètement distinctes car ils ne s'adressent pas au même public.

F. R : Pour ce qui est de mon travail avec Fred il me permet effectivement de choisir des thèmes qui me plaisent et  donc d'avoir plus de liberté même si j'ai toujours le choix d'accepter ou de refuser les projets que l'on me propose par ailleurs.          

 

LC de Mlv : Travailler à deux nécessite une organisation particulière. Comment procédez-vous ? Quel élément est prioritaire pour entreprendre un projet commun : l'illustration ou le texte ? 

 

F. B : L'éditeur doit d'abord dire "oui" au texte avant que François commence les dessins. Ensuite les choses se font très naturellement. Nous réalisons le découpage ensemble, et toutes les 2 ou 3 illustrations, nous faisons un point. François parle d'un relais, et il a raison. De la même façon qu'il me fait des remarques sur l'histoire, j'en fais sur ses dessins, et ce, du début à la toute fin du projet. C'est ainsi que nous cherchons et trouvons l'équilibre texte-image, à tâtons…  Dans la plupart des albums jeunesse réalisés à quatre mains, les auteurs ne se rencontrent pas et c'est l'éditeur qui tranche et décide, cela fait une énorme différence avec notre travail.

 

LC de Mlv : Comment se déroule -pour chacun de vous- une journée de travail ? Quelles sont vos habitudes ?

 

F. B : Je travaille le jour, la nuit souvent… Il faut que je parte bien loin en vacances pour ne pas toujours travailler, et encore, je prendrai des notes et ferai des croquis de voyage pour le plaisir d'abord. C'est toujours un travail colossal qu'on ne peut guère deviner à moins d'être de la partie… Ces livres lus en 20 mn ou 1h, ou plus en BD, demandent des mois de dessins, des semaines d'écritures, de longues journée de recherche de documentation… C'est très long, laborieux, empirique et passionnant. J'ai parfois l'impression de "faire de la recherche", et j'aime ce sentiment d'être une sorte de professeur touche à tout, comme à l'époque des lumières, mais en amateur ! Par ailleurs, c'est dans ma cuisine que je préfère écrire et dessiner, c'est là que j'élabore nos histoires, et sans livre de recettes !

F. R. : Pas d'habitudes particulières à part le fait que j'ai toujours travaillé seul. je me rappelle que j'avais beaucoup de mal à bosser à l'école entouré de mes petits camarades, il me faut le calme et la concentration nécessaires pour m'immerger pleinement dans mon "monde"  et lorsque je suis bien, j'arrive à me déconnecter du quotidien qui m'entoure, et le temps file à une vitesse... C'est cela que je recherche et que m'apporte la peinture depuis de   nombreuses années.

 

LC de Mlv : Rose et l'automate de l'opéra, L’indien de la Tour Eiffel, sont des histoires très différentes. Mais le point commun -à mon sens- n'est-il pas celui de la rencontre de deux êtres différents qui s'aiment, se soutiennent, et montrent une ouverture vers l’autre (les autres) au-delà de la différence ?

 

F. B : C'est toujours plus ou moins le thème, caché ou non, de toutes nos histoires ! Sans doute parce que je réagis de façon très épidermique à l'injustice, au racisme au refus des différences en général…

F. R. : C'est un de nos thèmes, qui revient souvent, peut-être "à l'insu de notre plein gré" ? Et puis c'est un ressort dramatique inépuisable..

 

LC de Mlv : Quels sont les loisirs qui vous permettent de vous ressourcer ou carrément de trouver l'inspiration ?

 

F. B : Les voyages et la lecture avant tout. La musique ensuite, toutes les musiques. Le cinéma aussi, mais le meilleur du cinéma provient bien souvent de la littérature et de la peinture, et les meilleurs films ont des BO inoubliables !

F. R. :  Tout pareil !

 

LC de Mlv : Dans vos bibliothèques personnelles quels livres -ou albums- ont votre préférence ?

 

F. B. : Mes albums jeunesses préférés sont ceux de Tomi Ungerer, Adelchi Galloni, Mitsumasa Anno. François Place plus proche de nous…

Les romans d'écrivains voyageurs ont bercé mon adolescence et me bercent encore : London, Hemingway, Melville, Stevenson, Conrad, je ne m'en lasse pas ! Umberto Eco, Alberto Mangel m'enchantent également…

F. R. :   Un peu comme Fred avec la différence que j'ai une bibliothèque remplie en majorité de livres d'art.  

 

LC de Mlv : Avant de vous remercier pour vos réponses. Une dernière question : un nouveau projet commun est-il déjà en cours ?

 

F. B  : Sans plaisanter, nous avons juste quelques visions inspirées de The Game of Thrones et d'une virée de François à Minsk en février dernier : le froid, de la neige, des forêts, des chevaliers, une princesse blonde… On va voir ce qu'on peut faire avec tout ça… Merci beaucoup pour vos questions !

 

En attendant la version Fred Bernard/François Roca de The Games of Thrones, je les remercie une nouvelle fois pour le temps qu'ils m'ont accordé, afin de vous présenter leur travail, et vous suggère de choisir dans leurs bibliographies votre prochaine lecture !

 

© Les Chroniques de Mlv 09-02-2014

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