Les Chroniques de Mlv

mar. 15 août 2017 Une première chronique consacrée à la Rentrée Littéraire. Point cardinal, de Léonor de Récondo, un roman à ne pas manquer ! Bonne lecture !



Rencontre avec Gaëlle Josse !

31/10/2014

En cette rentrée littéraire, j'ai eu -comme beaucoup- un véritable coup de cœur pour le roman de Gaëlle Josse, Le dernier gardien d'Ellis Island. Un quatrième roman brillant et captivant, dans lequel la romancière emporte ses lecteurs vers un lieu riche en histoires humaines, à l'orée d'une terre pleine  de promesses, le tout servi par une écriture poétique. Je vous propose de  rencontrer la romancière virtuellement, le temps d'un questionnaire auquel elle a répondu avec beaucoup de générosité, et de disponibilité.  

Gaëlle Josse

Photo : Droits réservés Xavier Remongin

 

Les Chroniques de Mlv : Bonjour Gaëlle, et merci pour m'avoir accordé de votre temps. Tout d'abord, pouvez-vous nous expliquer la genèse de votre roman Le dernier gardien d'Ellis Island ?

 Gaëlle Josse : Ce livre est venu du choc émotionnel intense qui a été le mien lorsque j'ai visité Ellis Island, sans aucune arrière-pensée d'écriture, une simple visite, il y a un peu plus de deux ans. Choc total. J'ai été bouleversée, happée par ce lieu, de façon inexplicable. Il me semble qu'il est encore chargé du souvenir de tous ces exils, que le murs résonnent encore des histoires de vies, des destins qui se sont croisés là. Je crois qu'il y a des lieux qui témoignent d'une page de l'histoire de l'humanité, comme celui-ci. J'imagine qu'on peut éprouver un choc semblable en visitant la cellule de Mandela, ou l'île des esclaves, à Gorée au Sénégal...

Quelques semaines après mon retour, une histoire s'imposait, avec une grande force. Des questionnements, des éléments intimes, personnels sont bien sûr venus s'insérer dans l'histoire, sont venus nourrir les personnages, car je crois qu'on ne raconte pas une histoire pour le simple plaisir, ça n'a ni sens ni intérêt pour moi ; je m'engage très fort dans ce que j'écris, et la résonance avec les questions d'actualité liées aux migrants, à l'exil, m'a paru évidente.

 

Les Chroniques de Mlv : Ce roman remporte un vif succès -mérité- tout comme vos autres textes, qui sont étudiés en collège, et en lycée. Que ressent-on, lorsque l'on apprend que ses écrits sont intégrés à un programme scolaire ?

Gaëlle Josse : J'avoue que ça a été une immense surprise ! Un honneur aussi. Je ne pensais pas du tout que mes livres pouvaient trouver un écho chez un public de lycéens, voire de collégiens, car il s'agit souvent de personnages qui s'interrogent sur leur place dans la vie, sur le sens de leurs actes, leurs choix, leurs moments de basculement. Et j'ai découvert, en étant très souvent invitée à rencontrer des classes, que ce soit dans le cadre de prix lycéens ou d'une étude destinée à la liste du bac français, que ça « passait très bien » et qu'il entraient sans difficulté dans ces livres.

Les professeurs font à chaque fois un travail remarquable avec eux, ils varient les approches, parviennent à créer une proximité avec les personnages et les sujets abordés, à rendre le libre vivant, parlant. Il y a eu des ateliers d'écriture autour de tableaux par exemple, et aussi une fois un court métrage tourné avec un réalisateur, un intervenant de théâtre, avec des scènes tournées « pour de vrai » dans un club hippique, autour des Heures silencieuses. Ça a même donné lieu à une projection au cinéma de la ville, à laquelle j'ai assisté. Un grand moment !

Un jour un professeur m'a dit quelque chose qui m'a beaucoup émue et m'a fait réfléchir. C'était dans un quartier « difficile » où j'étais intervenue plusieurs fois auprès d'une même classe. Il m'a dit « vous savez, les élèves ici lisent très peu, ou pas du tout. Quand ils quitteront l'école, pour la plupart d'entre eux, leur culture générale, ce sera ce qu'ils auront étudié ici. » Et j'ai trouvé qu'il y a avait une vraie responsabilité, sans vouloir employer les grands mots, à constituer une partie de ce bagage, de ce sur quoi ils ont été amenés à réfléchir.

 

 

 

Les Chroniques de Mlv : Droit, journalisme, psychologie, dans ce parcours, quel a été le déclencheur pour vous lancer dans l'écriture ?

Gaëlle Josse : Disons que la lecture, et l'écriture, même à titre professionnel, a toujours fait partie de ma vie. Après, il y a un moment où je me suis autorisée à passer à une expression personnelle, intime. C'est venu tard, vers la quarantaine. Peut-être étais-je un peu plus disponible, avec des enfants qui grandissent, je ne sais pas vraiment.

C'est par la poésie que je suis arrivée à l'écriture, des formes courtes, qui permettent de dire beaucoup avec très peu de moyens, grâce à la force des mots, des images, des sonorités. J'ai été éditée en revues, en recueils, et puis, quelques années après, j'ai rencontré ce tableau d'Emmanuel de Witte qui a inspiré les Heures silencieuses, et qui a vraiment ouvert les digues...

Tout cela reste mystérieux quand même, ce moment de collision où l'on est percuté de façon violente avec quelque chose qui va déclencher une urgence à écrire, qui va faire surgir les questionnements intimes à travers une histoire, comme si tout cela était sous la surface, et ne demandait qu'à jaillir...

 

Les Chroniques de Mlv :  Les heures silencieuses est paru en 2011, depuis, vous sortez un livre par an. Quel est votre rythme d'écriture au quotidien ?

Gaëlle Josse : Vous savez, il ne s'agit ni d'un défi personnel, ni d'une obligation ! Chacun de mes livres est né d'un moment de saisissement, de choc, qui a généré une histoire, des personnages, dans un tissage étroit avec ce que je suis. Je ne sais pas quand cela se reproduira, c'est non programmable, totalement aléatoire, et tant mieux. La force d'un livre vient peut-être de l'intensité de ce moment, d'ailleurs...

Je n'ai pas de rythme d'écriture particulier au quotidien, car j'ai une activé professionnelle, même à temps partiel, et aussi une vie de famille. J'écris quand les choses sont déjà très présentes, très mûres sur mon écran mental, et après je laisse porter, embarquer. Écrire le premier jet, l'histoire, cela va assez vite, ensuite c'est un très long travail de relecture, langue, ponctuation, rythme, pour que ça ressemble à ce que j'ai en tête...Je m'aperçois en fait que je travaille de façon très fragmentée.

 

Les Chroniques de Mlv : Avez-vous des habitudes, ainsi que des lieux, propices pour écrire ?

Gaëlle Josse : Suite de la question précédente ! Je n'ai pas un mode de vie qui me permet de m'installer le matin chez moi devant mon ordinateur en me demandant ce que je vais écrire. Les idées, les sensations surgissent à tout moment, en ville, dans les transports...Il est important de pouvoir les accueillir au moment où elles se présentent, même sous forme de notes rapides. Je n'ai  pas vraiment de rituel d'écriture, sauf peut-être dans la présentation de mon document à l'ordinateur, et j'ai besoin d'un titre de travail pour nommer ce que je suis en train d'écrire, ainsi que d'un visuel qui symbolise ce travail en cours, c'est tout.

 

Les Chroniques de Mlv : En tant que lectrice, quels sont vos registres littéraires de prédilection ? 

Gaëlle Josse : Avant d'être un auteur, je suis d'abord une lectrice, et ça je le resterai ! C'est vrai, je lis beaucoup. Littérature française et étrangère, et je ne recherche pas particulièrement les nouveautés. Je m'aperçois que les univers, les contextes, les histoires en elles-mêmes m'importent assez peu, je suis surtout sensible à l'intensité d'une narration, à celle des personnages qui font faire écho à ma propre humanité, à mes questionnements ou mes choix, et bien sûr à une écriture dont j'attends aussi une vraie force évocatrice, une musique qui va me toucher, me surprendre, qu'elle soit baroque ou minimaliste.

Je voue une admiration sans borne à des Stefan Zweig, Sandor Marai, qui savent croiser l'art de la fresque avec la profondeur du portrait psychologique, à des Pierre Michon ou Pascal Quignard pour la beauté de leur prose et la puissance de leurs récits. J'ai été bouleversée, récemment, par La nuit tombée, d'Antoire Choplin, une centaine de pages d'une humanité impressionnante, ou par le très court Home de Toni Morisson, terrible. J'aime aussi les univers multiples, complexes d'auteurs américains comme Louise Erdrich, Barbara Kingsolver, ou au contraire les récits très tendus, très brefs, d'Erri de Luca. Dans cette rentrée littéraire, c'est le très beau, très grave Tristesse de la terre, d'Éric Vuillard qui m'a particulièrement émue. Et depuis l'adolescence, la lecture de Duras et Modiano, pour leur voix unique, leur musique si particulière, qui m'accompagne toujours...

 

Je ne peux que vous inviter à plonger dans les romans de Gaëlle Josse. Quant à cette rencontre, vous pouvez la prolonger en retrouvant la romancière sur son site ICI, ainsi que sur sa page Facebook LA.

 

 

© Les Chroniques de Mlv 31-10-2014

 

 

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