ELECTIONS : TCHEKHOV 1 - Trump 0

 

Il y a un an, à la stupéfaction générale (la sienne comprise) Donald Trump était élu président des Etats-Unis.

Le lendemain, je rendais visite au plus jeune de mes vieux copains, le merveilleux Guy Leverve, atteint de la maladie de Charcot et qui, après des mois de lutte pour continuer à vivre seul dans son petit appartement avec l'aide de ses deux fils et de quelques proches, venait de jeter l'éponge et de se faire admettre à la maison de soins palliatifs Jeanne-Garnier dans le 15e à Paris. Allégé, pris en charge, ayant mis ses affaires en ordre, il connaissait un répit dont il profitait pour lire, peindre de belles aquarelles et plaisanter avec les infirmières. Dès mon entrée, je l'entendis pester contre le businessman et je protestai mollement.

-      Franchement, vu où tu en es, tu n'en as pas un peu rien à foutre, du Trump !

Je me pris une volée de bois vert modèle vieux gaucho non repenti.

-      Mais tu ne te rends pas compte, c'est Hitler, ce mec!

Sur ce, Guy m'indiqua sur son étagère le gros volume de la correspondance de Tchekhov - quatre ans de travail pour ma voisine Nadine afin de choisir et traduire un petit millier de lettres. Il avait, avant son admission commandé l'ouvrage à sa libraire de quartier, dans le 12e, et voulait que je lui dédicace, ce que je fis de bonne grâce, découvrant à l'occasion ses origines en partie russes.

Dix jours plus tard, lors de ma visite suivante, non seulement il avait lu les trente pages de ma préface - mais l'intégralité des lettres. Il ne fut plus entre nous question de Trump, mais nous comparâmes nos lettres favorites de cet ami que nous n'avions pas connu mais qui s'offrait à nous, familier, tendre, ironique, nécessaire.

Sur ce, amis lecteurs, comme le grand Anton Pavlovitch concluait souvent ses lettres, soyez sereins et joyeux, oubliez Trump un jour ou deux, et votez Tchekhov !

Référence : Vivre de mes rêves, lettres d'une vie, choisies, traduites et présentées par Nadine Dubourvieux, préface d'Anton Ivanovitch Audouard (collection Bouquins, Robert Laffont, 2016)

 


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VOTEZ MENDOZA !

INDEPENDANCE DE LA CATALOGNE : VOTEZ MENDOZA !

 

« J'étais revenu à Barcelone, la tragédie recommençait, c'était partout la même violence et la même haine sans objet (?). Plutôt unis par leurs antagonismes et leurs angoisses que séparés par leurs différences idéologiques, les Espagnols étaient en train de descendre, dans une cohue pleine de confusion, une échelle de Jacob renversée, dont les barreaux étaient une succession de vengeances et la matière un enchevêtrement inextricable d'alliances, de dénonciations et de trahisons qui menaient tout droit à l'enfer d'une intransigeance née de la peur et du crime engendré par le désespoir. »

A l'heure où, à deux heures de vol de chez nous, la Catalogne se mue jour après jour en Catalistan, il est bon de lire (ou de relire) ces lignes écrites par un romancier d'une trentaine d'années - non pas hier dans la chaleur des manifestations et contre-manifestations, mais en 1975, les yeux tournés vers l'Espagne de l'avant et après Première Guerre mondiale. La vérité sur l'affaire Savolta était le premier roman d'un écrivain espagnol né à Barcelone, la «ville des prodiges», restée son héroïne au fil d'une oeuvre intensément personnelle et tranquillement universelle, avec ses personnages de misérables puissants et de pauvres, de prêtres masturbateurs, de criminels à l'âme pure, de policiers en proie au doute, de prostituées et de nonnes, de princesses vraies ou fausses. Qu'ils soient amples ou plus ramassés, de tonalité plutôt dramatique ou comique, historiques ou policiers, les romans de Mendoza sont un délice littéraire inépuisable, une comédie humaine moderne, une méditation souriante sur notre condition, une démonstration d'absolue liberté qui, à défaut de descendre dans les rues, danse à chaque ligne et nous laisse, la dernière page tournée, les yeux rouges de tristesse et de joie. On ne sait ce qui demain adviendra de MM. Puigdemont et Rajoy -  sans le savoir, sans s'en douter, tout vibrant de fureur, ils ont déjà rejoint la cohorte des fantômes du pouvoir qui, génération après génération, hantent les romans de Mendoza.


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