Antoine Audouard

ven. 24 juillet 2015 Pour savoir ce qui compte réellement, il faut cultiver le silence en soi.Maurice Maeterlinck.



TOUS VICTIMES, TOUS REBELLES !

La rhétorique révolutionnaire a gagné peu à peu le centre de l'espace public.

Souvenons-nous : l'opprimé prend conscience de sa condition qui justifie sa rébellion. Les masses d'abord ignorantes puis sceptiques le suivent et le peuple triomphe enfin. Cette tactique a réussi à M. Trump, milliardaire « victime » des médias ultra-libéraux (une insulte là-bas aussi, mais pas dans le même sens) et des politiciens de Washington terrifiés par son audace tweetante.

La majorité de nos candidats ont adopté cette posture : victimes du système, même si celui-ci les a nourris depuis longtemps (et les nourrit encore), ils se rebellent contre lui et entendent faire table rase. M. Sarkozy prônait la rupture, M. Hollande le changement, mais au moins à l'époque de leur ascension ne tentaient-ils pas de nous faire croire que des forces mystérieuses s'exerçaient contre eux. M. Sarkozy a caressé le rêve de construire sa reconquête du pouvoir sur le mythe de cet acharnement - au moins s'est-il interrompu en route, comme M. Hollande, que son impopularité croissante a dispensé de débusquer un complot.

Sans procéder à un catalogue, observons nos candidats: fonctionnaires, syndiqués protégés, élus, fortunés par héritage ou sens des affaires, ils se présentent presque tous comme des victimes.  On refuse la télévision aux « petits » ; M. Dupont-Aignan est tellement obsédé à l'idée de s'en plaindre, qu'il refuse de détailler son programme sur TF1 et tente un « messieurs les censeurs, bonsoir ! ».  Victime aussi de persécution judiciaire, Mme Le Pen (dont l'assiduité au Parlement européen qui la paie mériterait à tout autre salarié un licenciement pour faute grave), victime, la même qui dénonce la bureaucratie bruxello-strasbourgeoise et fait payer des militants sur son budget. Victime M. Fillon, non de ses amis peu fréquentables ou de ses mauvaises habitudes de gestion personnelle, mais des pratiques abjectes d'un cabinet noir ; victime aussi M. Hamon,  des « trahisons » de ses camarades socialistes. Au nom du peuple, tous résistent, refusent de se laisser intimider et se battront jusqu'au bout.

M. Mélenchon, insoumis professionnel et qui veut détruire le « système », n'essaie pas, au moins, de se présenter en victime. Le modeste appartement d'une centaine de mètres carrés  qu'il a acquis grâce à l'argent du contribuable et décoré, déclare-t-il,  "avec un goût exquis", a pris ces dernières années assez de valeur pour le placer dans les premiers patrimoines des candidats. Tant qu'un complot ne se développe pas contre lui, il n'a aucune chance d'être élu. Sa VIe République attendra d'autres hérauts.

M. Hamon, ex-chef frondeur, et n'étant une victime que de ses pairs, aura du mal sur ce terrain bien qu'il ne soit le modeste propriétaire que d'une Opel Corsa 2006.

M. Macron, « privilégié » d'origine modeste et qui s'est élevé dans la société à force de travail et d'intelligence, n'a pas, jusqu'ici tenté de montrer sa place dans l'invincible camp des victimes. Du moins lui aussi est-il « anti-système » avec modération. Cela lui suffira-t-il pour être élu ? A suivre?


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Le temps Vermeer

  Pour obtenir le droit de déambuler le long des  toiles de Vermeer réunies dans l'exposition du  Louvre, il faut se préparer en sortant du métro à y  ré-entrer aussitôt.

 Non seulement l'accès est pire qu'un changement à  Chatelet, mais une fois qu'on a passé l'entrée,  regarder tranquillement une toile est plus qu'un  luxe - une lutte où l'on prend des coups de coude,  des coups d'épaule, des coups de pied. Pour tout  autre on se découragerait peut-être. Mais s'il reste    étrange qu'un art si rare et si intime doive être  admiré au coeur d'une cohue accrochée à son  audioguide, l'effort de s'en extraire vaut mille fois  la peine.

 Observer n'importe quelle toile de Vermeer, c'est se  plonger dans la contemplation d'un être  passionnément et patiemment désiré, et dont l'on  sait qu'il nous échappera.

 Chaque détail de chaque toile, chaque objet, chaque  forme, chaque couleur est chargé d'un érotisme  aussi subtil et enivrant que celui qui nous  enflamme face à chaque parcelle de la peau de l'être aimé.

Tout cela s'inscrit dans le temps, car chaque scène nous donne à voir non tant ce qui est, que ce qui fut ou sera; nous voici projeté dans la douleur délicieuse de l'attente ou du regret. La réunion musicale ou amoureuse que l'on devine a-t-elle eu lieu, adviendra-t-elle ? La lettre interrompue le restera-t-elle à jamais ? Impossible à savoir en suivant ce seul rayon de soleil ou de nuit, derrière ce rideau à peine soulevé, cette porte destinée à demeurer fermée à nos yeux. Face à Vermeer nous sommes des voyeurs qui ne voyons rien - à notre désir, tout est dérobé aussitôt esquissé et c'est en vain que nous résistons à la  foule pour nous gorger des bleus, des jaunes, des drapés, des figures découpées par la lumière oblique? Rien de plus ne sera dit- nous voici chassés du mystère, encore tout éblouis de n'en avoir rien élucidé.


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