Antoine Audouard

ven. 24 juillet 2015 Pour savoir ce qui compte réellement, il faut cultiver le silence en soi.Maurice Maeterlinck.



DEGAGISME ET BARRAGISME...

... LES DEUX MAMMELLES DE LA DEMOCRATIE

 

Passé le soulagement vague que le duel du 2e tour de la présidentielle ne soit pas l'un de ceux que l'on peut pouvait craindre surgissent quelques amusements : que dans la continuité historique de ses meurtrières batailles internes, l'extrême gauche française n'arrive pas à se mettre d'accord sur une candidature unique susceptible de rassembler le score vertigineux de 2 % ; que MM. Cheminade et Lassalle aient pu prolonger, malgré les obstacles institutionnels, la glorieuse tradition du candidat impossible inaugurée en 1965 (Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître) par l'inoubliable et larmoyant M. Barbu (« Barbu n'est pas un traître ! »).

Puis on en vient à s'interroger sur deux grand « gismes » dominants de la vie politique locale.
Le « dégagisme », nous assure-on, a été l'une des arques de cette campagne : à voir sur les étranges lucarnes les visages des gagnants et perdants de tous les camps, on peut s'interroger. Dégageront-ils, ces infatigables partouzeurs des plateaux, sarkozystes contrits, hollandistes honteux, les Copé, les Dray, les Bayrou, les Le Guen ? Et en 2022 reverrons-nous M. Mélenchon, lui-même venu se réinventer en hologramme de l'insoumis vainqueur ?

Puis vient le « barragisme ». Né il y a quinze ans avec la qualification de M. Le Pen pour le 2e tour (non, Marine, tu n'es pas la première !), celui-ci tend à devenir le grand facteur unificateur des partis de gouvernement traditionnels : que l'on soit de droite ou de gauche, on veut « faire barrage ». L'image de MM. Fillon, Hamon, Juppé d'un côté, de l'autre Mmes Pécresse, El Khomri, Vallaud-Belkacem, tous enlacés sur une place publique pour faire rempart de leur corps aux hordes lepénistes a quelque chose de terrifiant et grotesque qui pourrait donner envie de s'abstenir. Depuis quinze ans que ces résistants courageux font barrage, le Front National a connu une ascension irrésistible, passant de groupuscule d'extrême droite à alternative de gouvernement crédible, le tout malgré le barragisme démocratique intense qui l'attend à chaque coin de rue - et je m'en voudrais de ne pas mentionner les groupes de militants qui vocifèrent et cassent à toutes les occasions pour nous persuader que le fascisme ne passera pas.

Ayant voté pour M. Macron au premier tour, non par résignation mais parce qu'une certaine modération de tempérament sur nos terres furieuses me paraît bienvenue, il semble raisonnable de penser que je m'exécuterai à nouveau dans deux semaines, espérant seulement ne pas avoir entre-temps les oreilles cassées par la clameur barragiste et rêvant, sans trop y croire, que cet Amiénois supporter de l'O.M. réussisse à préparer un gouvernement point trop entravé par les guerriers dégagistes.

 


Les dernières parutions


TOUS VICTIMES, TOUS REBELLES !

La rhétorique révolutionnaire a gagné peu à peu le centre de l'espace public.

Souvenons-nous : l'opprimé prend conscience de sa condition qui justifie sa rébellion. Les masses d'abord ignorantes puis sceptiques le suivent et le peuple triomphe enfin. Cette tactique a réussi à M. Trump, milliardaire « victime » des médias ultra-libéraux (une insulte là-bas aussi, mais pas dans le même sens) et des politiciens de Washington terrifiés par son audace tweetante.

La majorité de nos candidats ont adopté cette posture : victimes du système, même si celui-ci les a nourris depuis longtemps (et les nourrit encore), ils se rebellent contre lui et entendent faire table rase. M. Sarkozy prônait la rupture, M. Hollande le changement, mais au moins à l'époque de leur ascension ne tentaient-ils pas de nous faire croire que des forces mystérieuses s'exerçaient contre eux. M. Sarkozy a caressé le rêve de construire sa reconquête du pouvoir sur le mythe de cet acharnement - au moins s'est-il interrompu en route, comme M. Hollande, que son impopularité croissante a dispensé de débusquer un complot.

Sans procéder à un catalogue, observons nos candidats: fonctionnaires, syndiqués protégés, élus, fortunés par héritage ou sens des affaires, ils se présentent presque tous comme des victimes.  On refuse la télévision aux « petits » ; M. Dupont-Aignan est tellement obsédé à l'idée de s'en plaindre, qu'il refuse de détailler son programme sur TF1 et tente un « messieurs les censeurs, bonsoir ! ».  Victime aussi de persécution judiciaire, Mme Le Pen (dont l'assiduité au Parlement européen qui la paie mériterait à tout autre salarié un licenciement pour faute grave), victime, la même qui dénonce la bureaucratie bruxello-strasbourgeoise et fait payer des militants sur son budget. Victime M. Fillon, non de ses amis peu fréquentables ou de ses mauvaises habitudes de gestion personnelle, mais des pratiques abjectes d'un cabinet noir ; victime aussi M. Hamon,  des « trahisons » de ses camarades socialistes. Au nom du peuple, tous résistent, refusent de se laisser intimider et se battront jusqu'au bout.

M. Mélenchon, insoumis professionnel et qui veut détruire le « système », n'essaie pas, au moins, de se présenter en victime. Le modeste appartement d'une centaine de mètres carrés  qu'il a acquis grâce à l'argent du contribuable et décoré, déclare-t-il,  "avec un goût exquis", a pris ces dernières années assez de valeur pour le placer dans les premiers patrimoines des candidats. Tant qu'un complot ne se développe pas contre lui, il n'a aucune chance d'être élu. Sa VIe République attendra d'autres hérauts.

M. Hamon, ex-chef frondeur, et n'étant une victime que de ses pairs, aura du mal sur ce terrain bien qu'il ne soit le modeste propriétaire que d'une Opel Corsa 2006.

M. Macron, « privilégié » d'origine modeste et qui s'est élevé dans la société à force de travail et d'intelligence, n'a pas, jusqu'ici tenté de montrer sa place dans l'invincible camp des victimes. Du moins lui aussi est-il « anti-système » avec modération. Cela lui suffira-t-il pour être élu ? A suivre?


RECHERCHE
Newsletter

Vous voulez participer
à ce Slog,
écrire des commentaires,
partager votre point
de vue ?

Vidéo
CONNECTEZ-VOUS

se souvenir de moi

Vous avez oublié votre mot de passe ?
Vous pouvez faire une demande pour le recevoir par email, cliquez-ici!

Votre message vient d'être envoyé, nous nous efforcerons de vous répondre dans les plus bref délais.
L'équipe du Slog

Contactez-nous

Votre message concerne :

*

*

Gestion de votre Slog

Accès à la gestion des paramètres de votre Slog