Antoine Audouard

ven. 24 juillet 2015 Pour savoir ce qui compte réellement, il faut cultiver le silence en soi.Maurice Maeterlinck.



HAPPY BIRTHDAY TO ME !

J'ai publié mon premier roman il y a quarante ans. Je venais d'avoir 21 ans.
J'en avais écrit les premières phrases assis au bureau de mon père du rez-de-chaussée de la maison de famille d'Arles, rue Diderot, à deux pas des arènes.
Cela commençait ainsi : « L'université de Nanterre se vide vers le soir. »
Suivaient un peu moins de deux cents pages écrites en un mois dans une exaltation où l'ivresse amoureuse se mêlait à la pure fièvre des mots.
Le livre reçut quelques critiques chaleureuses, des recensions aimables au milieu desquelles se glissèrent quelques lignes méprisantes dans mon quotidien favori qui me blessèrent plus que ne m'avaient flatté l'attention de quelques-unes des figures historiques du comité de lecture de la maison Gallimard, où j'avais été porté sur les fonts baptismaux par l'écrivain Roger Grenier, qui avait bien voulu me lire au nom de l'amitié de jeunesse le liant à mon père - ils avaient travaillé ensemble, non à la NRF mais à France Dimanche où mon père était chargé de reportages au titre engageant type « Epidémie de suicides chez les chats » et « rewritait » les articles de journalistes au nom déjà établi. Roger avait et a conservé un visage rond, mélancolique où brillaient des yeux doux qui, selon mon père, faisaient merveille quand, après un fait divers particulièrement atroce dans le fond des campagnes françaises, ce timide  venait chercher des photos  au fond des tiroirs de familles taiseuses.

Mon copain de rentrée littéraire s'appelait Didier Martin, il était au civil chauffeur de grandes remises - je ne saurais parler de son livre que je lus alors et dont ma mémoire ne conserve pas de traces, titre compris.
J'eus les honneurs d'un voyage de presse collectif de la maison de la rue Sébastien Bottin dont la vedette était Romain Gary : il s'ennuyait avec nous et ne le cachait pas. Dans l'ascenseur de l'hôtel de Lyon où nous étions tous logés, l'écrivain Yves Navarre me tâta hardiment les fesses et je n'eus pas à déployer une force physique considérable pour repousser un assaut timide et sans conviction.

Marie en quelques mots connut des ventes modestes mais raisonnables pour un premier roman et le paiement de mes premiers droits d'auteur finança le billet d'avion vers Beyrouth, où je rejoignis mon amoureuse muse qui m'inspira un deuxième roman hâtif et emporté d'éducation sentimentale.

Longtemps je n'ai pu rouvrir ce premier livre sans un sentiment de honte : ses imperfections me sautaient aux yeux et le « haïssable moi » que j'y voyais exposé avec un art effusif, naïf et  brouillon me gênait affreusement. De ce rejet, seule était épargnée la belle citation en exergue de Benjamin Constant : « Il y a dans la simple habitude d'employer le langage de l'amour, et de se donner ou de faire naître en d'autres des émotions passagères, un danger qui n'a pas été suffisamment apprécié jusqu'ici. »

Ce premier livre est là, rangé avec les autres sur l'étagère des oeuvres familiales : je m'y reconnais aujourd'hui avec une tendresse plus ou moins réconciliée - et pas seulement parce que Marie est le prénom de mon aimée fille ainée.

Happy birthday to me, jeune écrivain dont le coeur vibre, innocent plein de foi qui fut et vit encore en moi.

 


Les dernières parutions


Officiel : Stéphane monte au ciel

 

 

J'ai partagé ici et avec quelques proches l'émotion ressentie à la mort de mon vieux pote d'école. L'un de ces amis, qui m'envoie chaque jour une photo d'un ciel du coin des Cévennes, où il vit avec sa femme, m'a adressé celle-ci, qu'il a dédiée à Stéphane. 

Je la partage, en y adjoignant le poème que cette vue quotidienne m'avait inspiré il y a quelques mois.

 

CHAQUE MATIN MON AMI M'ENVOIE UN CIEL

 

Chaque matin mon ami m'envoie un ciel

Ciel bleu nuit ou ciel d'orage

Ciel de pluie ou ciel de feu

Ciel bouché ou grand ouvert

Ciel gris ou bien tout en couleurs

C'est le ciel qui s'ouvre à sa fenêtre

Celui qui couvrira son humeur ses labeurs

Pour un jour joyeux ou triste.

Sa loi morale je ne la connais pas

Plus qu'il ne connaît la mienne.

Kant, sévèrement, nous dirait qu'elle est une

Mais les ciels divers qui lui passent au-dessus de la tête

Il les partage avec moi comme on ouvre son coeur.

Chaque matin mon ami m'envoie un ciel.

Et quand ont passé les heures

Et que son ciel n'est pas arrivé sur mon écran

Je ne suis pas inquiet, j'attends.

Le ciel  de mon ami viendra en son temps

Chaque matin mon ami m'envoie un ciel.

 

 

 

 


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